Les 2 systèmes de définition des sous-genres de la Fantasy

Les 2 systèmes de définition des sous-genres de la Fantasy

Je sais qu’aujourd’hui nous étions censés parler magie, mais je suis beaucoup trop crevée et je n’ai pas réussi à me concentrer sur mes recherches et mes synthèses de document. Ce sera donc pour la semaine prochaine ! wink

En attendant, je voudrais vous parler d’un sujet que j’aurais dû aborder il y a belle lurette : les deux systèmes de définition des sous-genres de la Fantasy.

Et oui !

Je sais ce que vous vous dites : « C’est déjà compliqué de connaître la différence entre les sous-genres au sein d’un même système, mais si, en plus, il y en a 2, comment va-t-on faire ?! »

Alors, je vous rassure tout de suite, l’un des deux systèmes prime sur l’autre, mais il arrive encore que certaines personnes utilisent l’autre système.
C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à l’une de mes copines de plume, Kohana Kimura, qui partageait justement sur Twitter :

En fait, l’explication complète de la personne donnait ceci :

Il y a beaucoup de violence et de meurtres dans les livres de G.R.R. Martin et il écrit de la Low Fantasy et non de la Dark Fantasy. La Dark Fantasy se compose d’éléments horrifiques dans un univers sombre, avec une atmosphère lourde ou d’épouvante, comme dans Les Annales de la Compagnie noire de Glenn Cook ou les livres de Lovecraft.

Cette définition a choqué Kohana puisque, pour elle, Game of Thrones est de la Dark Fantasy.

Et…

Les deux ont raisons. Parce que Kohana se base sur le nouveau système de définition et que l’autre se base sur l’ancien système.
(En revanche, Lovecraft n’est absolument pas de la Fantasy, quel que soit le sous-genre considéré, mais du Fantastique horrifique, mais je ne m’attarderai pas sur le sujet, si vous voulez en savoir plus, je vous renvoie à mon article sur la différenciation des genres de l’Imaginaire : Différencier les genres de l'imaginaire).

Et c’est justement cet "affrontement" entre leurs 2 définitions de la Low/Dark Fantasy qui m’a rappelé toutes les fois où je me suis pris le chou de la même manière, et que j’ai eu envie de vous faire cet article.

Nota Bene : Les anti-classification, merci de passer votre chemin. Chacun est libre de parler de littérature comme il ou elle le souhaite et, si on a envie de tout ranger dans des cases, c’est notre droit le plus stricte. Tout comme vous êtes libres de ne rien classer du tout.

Tout commentaire insultant ou trollesque sur le sujet de la classification sera supprimé.

À bon entendeur !

 

L’ancien système

L’ancien système de définition des sous-genres de la Fantasy a commencé à s’établir vers les années 20-30 aux États-Unis avec la popularisation des pulps (dont Weird Tales qu’on ne présente plus) et le succès retentissant de Conan le barbare de Robert E. Howard (le vrai père de la Fantasy).
À cette époque, on ne parlait encore que d’un seul genre : l’Heroic Fantasy parce que des hommes forts massacraient, à tour de bras, des monstres et des sorciers pour sauter sauver des demoiselles en détresse et que c’était vu comme très héroïque. Et il n’y avait que ça.
Par la suite, d’autres types d’histoires sont arrivés et, donc, d’autres genres. — Je n’ai plus les chronologies en tête, je ne donnerai donc pas de titres pour ne pas dire de bêtises.
Très vite, le genre s’est étoffé avec la High Fantasy et de la Low Fantasy qui sont apparues plus ou moins en même temps. La Dark Fantasy est apparue un peu après.

On tournait donc sur une Fantasy à 4 sous-genres parce qu’il n’y avait pas besoin de plus :

  1. L’Heroic Fantasy (Fantasy héroïque) qui racontait des histoires d’hommes forts qui massacrent à tour de bras des monstres et des sorciers maléfiques pour sauter sauver des demoiselles en détresse.
  2. La High Fantasy (haute Fantasy) qui racontait des histoires centrées sur les valeurs les plus chevaleresques de l’humanité (les hautes valeurs humaines) dans des univers manichéens où les gentils gagnent toujours.
  3. La Low Fantasy (basse Fantasy) qui racontait des histoires centrées sur les plus viles pulsions humaines (les bassesses de l’humanité) dans des univers sombres et violents.
  4. La Dark Fantasy (Fantasy sombre) qui racontait des histoires horrifiques où les éléments magiques sont craints (et/ou rendent fous) et destructeurs.

 

Comme vous pouvez le constater, Game of Thrones entre parfaitement dans le sous-genre de la Low Fantasy selon ce système.

Ces définitions-là se sont maintenues jusque dans les années 60-70. À partir de cette époque, la Fantasy commençait réellement à se diversifier (notamment avec les publications de C.S. Lewis et de Tolkien) et les mentalités à changer au point que ce système devenait inadapté à la production littéraire de l’époque. Et c’est ainsi qu’on a basculé vers le nouveau système.

 

Le nouveau système

Ce nouveau système de définition des sous-genres est beaucoup plus flexible et permet d’être plus précis dans les définitions que l’on donne. C’est aussi celui qui est majoritairement appliqué à l’heure actuelle aux États-Unis comme en Europe (avec quelques variantes, tout de même).

En 1961, la première chose qui a changé est l’Heroic Fantasy qui est devenue la Sword’n’Sorcery. — Je vous laisse aller lire l’article sur le sujet pour connaître tous les tenants et les aboutissants de l’histoire de ce changement : La sword and sorcery.

Par la suite, dans les années 70, la High Fantasy s’est scindée en deux genres : l’Heroic Fantasy et l’Epic Fantasy. La Low Fantasy est devenue la Dark Fantasy et la Dark Fantasy est devenue l’Horror Fantasy, la High et la Low gagnant, ainsi, de nouvelles définitions au passage, et ce, dès 1979 avec les travaux de Marshall B. Thymm, Robert H. Boyer et Kenneth J. Zahorski.

C’est ainsi que l’on s’est retrouvé avec de nouvelles définitions, plus précises, mais aussi plus de sous-genres :

  1. La Sword’n’Sorcery : Homme fort taper gros-vilains-pas-beaux pour sauter sauver jolie demoiselle.
  2. La High Fantasy : une histoire qui prend place dans un univers inventé.
  3. L’Epic Fantasy : une histoire qui narre des faits épiques, des quêtes grandioses, des batailles démesurées, des luttes du Bien contre le Mal. (Il y est également question des valeurs chevaleresques que l’on retrouve dans l’ancienne définition de la High Fantasy)
  4. L’Heroic Fantasy : une histoire qui relate les faits héroïques d’un personnage chevaleresque et valeureux dans une quête moins épique que dans l’Epic Fantasy.
  5. La Low Fantasy : une histoire qui se place à cheval entre plusieurs mondes.
  6. La Dark Fantasy : une histoire centrée sur les plus viles pulsions humaines dans des univers sombres et violents, rarement manichéens, avec des anti-héros comme protagonistes.
  7. L’Horror Fantasy : une histoire horrifique où les éléments magiques sont craints (et/ou rendent fous) et destructeurs.
  8. Etc. — Je ne vous ferai pas toute la liste des sous-genres du nouveau système ici, je vous conseille plutôt de suivre l’ensemble des articles consacrés aux sous-genres de la Fantasy : Sous-Genres wink

 

Et donc, selon le nouveau système, Game of Thrones est bel et bien de la Dark Fantasy.

Cependant, il est intéressant de noter que certaines personnes mélangent les deux systèmes, ce qui peut créer des incompréhensions entre interlocuteurs. Ainsi, lorsque vous vous sentez perdu-e dans une discussion, n’hésitez pas à demander quelle est la définition de chacun par rapport à tel ou tel sous-genre.

 

Conclusion

Je ne dis pas qu’un système est meilleur qu’un autre dans l’absolu. Si j’ai fait cet article, c’est surtout pour vous rappeler que les deux systèmes existent et que, même si l’ancien est plus rare que le nouveau, il est encore possible de trouver des définitions de sous-genre différentes des vôtres.
Mais surtout, ne restez pas braqué-e sur vos positions et sachez entendre les définitions et arguments des autres : que vous utilisiez l’ancien ou le nouveau système restez ouvert-e au fait que l’autre a tout autant raison que vous. Comme le disait si bien mon merveilleux professeur de physique : « Tout dépend du référentiel. »

Pour ma part, même si je trouve l’ancien système intéressant par certains aspects, je le trouve surtout archaïque et inadapté face à la diversité des publications actuelles. C’est pourquoi, quand je vous fais un article par rapport à un sous-genre, je vous en parle toujours en fonction de la nouvelle définition.

En outre, n’oubliez pas non plus qu’il existe des définitions commerciales qui diffèrent des définitions littéraires. Ces définitions commerciales sont d’abord là pour faire vendre un produit avant de vous informer sur les caractéristiques de l’histoire. Gardez donc votre esprit critique et ne gobez pas tout rond tout ce que vous disent les éditeurs et les libraires sur le sujet wink

 

J’aimerais conclure avec une intervention personnelle : j’en ai marre qu’on me prenne la tête en me balançant que je raconte n’importe quoi sous le seul prétexte que je n’utilise pas la même définition que mon interlocuteur/interlocutrice. En général, ces personnes refusent d’entendre qu’il existe deux définitions pour certains genres et me matraquent d’exemples qui sont des non-sens en soi puisque, avec le nouveau système, ces exemples entrent parfaitement dans les définitions que je donne.
Il m’est aussi arrivé de me retrouver confrontée à des personnes qui me disaient tout simplement que les définitions que je donnais n’existaient pas et que je divaguais complètement. Pour rappel : mes articles ne sortent pas de nulle part, je me documente en lisant des articles universitaires, des essais, des compte-rendus de colloques tenus par différents spécialistes de la Fantasy, etc. Je ne me contente pas de réécrire ce qui est dit sur Wikipedia ou d’autres blogs plus ou moins obscurs. Les définitions que je vous donne sont très loin de sortir de nulle part. Mais je sais que la majorité d’entre vous, chers abonnés et chères abonnées, le sais ! heart
Je m’adresse surtout aux personnes qui lisent mon blog pour la première fois wink

Donc, quand vous tombez sur ce genre de personnes persuadées qu’elles ont raison et que vous avez fumé la moquette, balancez-leur cet article sous le nez ! wink
D’ailleurs, n’hésitez pas à le partager en masse pour que ces prises de tête ridicules cessent enfin.

Si vous voulez aller plus loin dans la classification, je vous propose mon système détermination des sous-genres d’un récit en fonction du cadre spatio-temporel et des thèmes : Comment décider du sous-genre d'un roman Fantasy ?

 

J’espère que cet article vous a tout de même plu et appris des choses, et ce, malgré mon petit coup de gueule de fin ! smiley

Si l'article vous a plu et que vous avez encore 30 secondes à m'accorder, vous pouvez aller regarder une vidéo (de 30 secondes justement) sur
C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup wink

Les 2 systèmes de définition des sous-genres de la Fantasy

Si vous souhaitez me soutenir, n'hésitez pas à me faire un don sur Tipeee ou sur PayPal ou à regarder une (ou plusieurs) vidéo de 30 secondes sur Utip ou encore à acheter mes livres !

Boutique

Commentaires

Hola

Article plutôt interressant mais est-il possible d'expliciter ce que tu entends/vous entendez (rahh je n'arrive pas à choisir si je dois vouvoyer ou tutoyer... x)  ) par définition commerciale ? Je ne vois pas à quoi cela correspond. Pour moi seules les définitions littéraires existent ^^'

Merci de l'attention,

Xirignis

Ps : 7 semaines... bon courage c'est bientôt fini !!

Tu peux me tutoyer wink

De manière à mieux vendre les livres, les éditeurs et les libraires décident de redéfinir certains genres pour les rendre plus vendeurs (comme c'est le cas pour le Fantastique), mais aussi de classer des livres dans des collections dont le genre ne correspond pas à celui du livre, et ce, dans le seul but de le rendre plus attrayant aux yeux du public. Par exemple, certains romans totalement dépourvus de magie se retrouvent classés dans des catégories "Fantasy", juste parce que l'histoire est épique ou parce que ça se passe dans un monde inventé).

Autre exemple : c'est plus vendeur de classer la saga Autre Monde de Maxime Chattam dans le thriller plutôt que dans la Fantasy, juste parce que le thriller se vend plus chez Albin Michel, alors que, pourtant, Autre Monde c'est clairement de la Fantasy post-apo, (même Maxime Chattam le dit !).

En somme, la définition littéraire dit la vérité, la définition commerciale ne sert qu'à faire vendre et OSEF si on dit n'importe quoi.

Je vois... un peu dommage cela peut mal orienter des personnes n'ayant pas eu d'écho. Après d'un côté cela peut aider à faire connaître plus le livre. Au final il faut faire attention.  (Et merci du rappel de finir Autre Monde... x)  )

Merci de ta réponse Zaha !

Malheureusement, il y aura toujours des gens obtus et resteront crampées sur leur position. Cela me rappelle un grand débat entre les scientifiques qui clamaient haut et fort que la lumière n'est qu'une histoire d'onde et que d'autres étaient persuadés que la lumière n'était que corpuscule... bon je divague quoique. En tout cas, oui il faut bien discuter pour percevoir la définition de nos interlocuteurs afin d'être sur que nous parlons le meme langage.

Ajouter un commentaire