Création d'univers : introduction

Worldbuilding

Comme promis la semaine dernière, voici une introduction à la création d'univers (ou worldbuilding comme le disent les anglophones).

Même si tout le monde d'en pas Tolkien et que nous n'avons pas tous ni le temps, ni l'envie de créer un monde aussi vaste et complexe qu'est la Terre du Milieu, il est néanmoins important de donner un cadre, un monde, dans lequel faire évoluer ses personnages.
C'est d'ailleurs vrai pour tous les récits quel qu'en soit le genre le genre, le cadre, qu'il soit réel ou imaginaire, est à travailler soigneusement.

Mais il est vrai que le travail est peut-être plus complexe pour les genres de l'Imaginaire puisque là, tout est à créer et à coordonner afin que le tout soit cohérent.

J'aimerais vous donner mes 5 étapes sur lesquelles je me suis basée (et sur lesquelles je me base encore) pour créer mon monde :

  1. Imaginer
  2. Développer
  3. Coordonner
  4. Construire
  5. Raconter

1. Imaginer

C'est l'étape pendant laquelle vous ne devez jamais quitter votre stylo et votre carnet. Chaque idée qui vous vient doit être inscrite dans votre calepin. A la rigueur, notez tout en vrac : les personnages, les lieux, la magie, un nom de pays, la particularité d'une race,... notez vraiment tout ce que vous avez envie de mettre dans votre monde et tout ce qui vous passe par la tête.
N'essayez pas d'organiser vos idées cette étape-ci parce que vous ne connaissez pas encore l'ampleur de votre histoire, ni tous les détails de votre univers. Ou alors, vous pouvez faire des catégories généralistes du type "personnages", "lieux", "objets magiques", etc.

De la même manière, ne jetez aucune idée. Certaines vous paraîtront incongrues ou inutiles à ce moment-là, mais elles pourraient bien s'avérer capitales par la suite.
Comme le disait Bumi dans Avatar, le Dernier maître de l'air : « Tu dois ouvrir ton esprit aux milliers de possibilités. »


2. Développer

Une fois que vous aurez estimer avoir récolté assez d'idées dans la première étape, vous pouvez vous lancer dans la seconde, c'est-à-dire le développement de celles-ci.
Dans cette étape, vous déciderez de ce qui sera important ou pas, de ce que vous garderez ou mettrez de côté. Encore une fois, ne jetez rien. Gardez-les bien précieusement dans un coin car elles pourront toujours être utiles plus tard ou servir pour un autre projet.

Il s'agit, donc, ici de développer chaque idée en un paragraphe et de juger si cela vous plaît et pas nécessairement si tel ou tel concept vous sera utile.
Si vous avez plusieurs développement possibles pour un même point, n'hésitez pas à tous les expliquer en vous servent, par exemple, d'une arborescence des possibles.

En général, c'est à cette étape-ci que l'on différencie les idées exploitables de celles qui sont complètement farfelues.


3. Coordonner

C'est, pour moi, l'étape la plus fastidieuse car c'est ici qu'il va falloir tout trier, ranger et organiser.
Ce sera un peu comme faire un puzzle : trouver les bonnes pièces-idées qui s'emboiteront correctement entre elles, trier celles que vous gardez pour tout de suite de celles que vous mettrez de côté pour plus tard et celles que vous écarterez – plus ou moins – définitivement.

C'est une étape qui, selon les éléments que vous travaillerez pourra être mise en parallèle de votre intrigue naissante. Si elle n'a pas encore été établie clairement, ce point peut correspondre à l'étape 1 de la méthode des flocons ou à la 4 si, au contraire, vous êtres plus avancé.

C'est donc ici que vous allez reprendre tous vos éléments un à un et les ranger soit dans la "case" éphémère (tout ce qui concerne le récit à proprement parler comme les personnages, certaines scènes, certains lieux qui ne sont propres qu'à votre histoire et non au monde [comme la maison de votre héros, la taverne préférée de votre méchant, la cave à vin de la grand-mère,...], des objets, etc.), soit dans la case permanent (tout ce qui a trait au monde en lui-même comme la géographie, la faune, la flore, la magie, le calendrier, l'histoire de votre monde, les races,...).
A partir d'ici, ce que vous aurez ranger dans l'éphémère (le récit) sera à traiter avec les flocons puisqu'il s'agit de l'intrigue et non plus du cadre.

Il est important de noter que vous pouvez très bien développer les deux aspects, l'éphémère et le permanent, en parallèle. Cela vous permettra d'éviter certaines incohérences.


4. Construire

La construction est l'étape la plus longue car c'est ici qu'il va vous falloir approfondir chacun des éléments gardés à l'étape précédente.

Vous devrez rentrer dans les détails, explorer en profondeur, après vous être documenté si besoin, chacune de vos idées pour en faire des notions concrètes et, surtout, vous les appropriez. Bien sûr, comme dit plus haut, nous ne sommes pas tous Tolkien, ainsi, le niveau de détail de chaque élément dépendra de vous, de votre envie et de vos besoins. A vous de voir si vous avez besoin et/ou envie de détailler l'évolution économique de votre nation elfique au travers de ses exploitations de bois au fil des deux derniers siècles ou pas. Si vous estimez qu'un élément a été suffisamment détaillé dans le paragraphe de l'étape 2 pour être exploitable, et bien, c'est parfait !

Dans cette étape, n'hésitez pas à dessiner, à rédiger des nouvelles ou, pour les plus fous, à écrire ce fameux essais à propos de l'évolution économique de votre nation elfique au travers de ses exploitations de bois au fil des deux derniers siècles !
Pour moi, il s'agit vraiment de l'étape que je trouve la plus amusante, alors amusez-vous ! Développez ce que vous avez envie sans vous poser de questions. Rappelez-vous que ce n'est pas parce que vous l'avez créé que vous devez l’exploiter. Certaines idées n'apparaîtront jamais dans votre récit parce qu'elles ne seront pas utiles aux lecteurs.

Si vous en éprouvez le besoin – et je suis sûre que ce sera le cas –, n'hésitez surtout pas à revenir en arrière pour récupérer des idées laissées de côté, en développer de nouvelles ou en modifier des "anciennes". Gardez seulement à l'esprit que vous devrez systématiquement refaire passer chacun des nouveaux éléments par les étapes précédentes afin de conserver la cohérence de votre univers.


5. Raconter

Maintenant que tout a été développé, trié, organisé, coordonné, construit – bref ! –, que votre univers semble viable, il ne vous reste plus qu'à y raconter votre histoire. Bien entendu, encore à cette étape-là vous vous rendrez compte qu'il y aura encore beaucoup de détails à régler : des choses à ajouter, modifier, enlever. Mais ce seront de menus éléments et non des pans entiers de votre monde, normalement. Toutefois, il faut que vous gardiez à l'esprit que votre univers ne sera pas terminer tant que vous n'aurez pas mis le point final à votre histoire. Tant que le mot "FIN" ne sera pas écrit, votre univers évoluera constamment. Il y aura toujours de petits détails à changer à droite et à gauche au fur et à mesure que vous maîtriserez de mieux en mieux votre récit.

Et, bien entendu, n'oubliez pas que chaque fois que vous modifierai quelque chose, vous devrez toujours vérifier si le tout reste cohérent, c'est important pour la crédibilité de votre roman et l'immersion de vos lecteurs.


En conclusion de cet article, j'aimerais un conseil : ne faites pas attention à ce que les autres font ou ont fait. Ce n'est pas parce que tel auteur a développé tel élément d'une telle manière que vous devez en faire autant ou, au contraire, à tout prix faire différemment. Il s'agit de votre monde, de votre histoire, faites donc comme vous voulez.


J'espère que cette méthode pourra vous aider. N'hésitez pas à me dire en commentaire ce que vous en pensez et/ou comment vous travaillez. Je pense que ces 5 étapes peuvent également correspondre à la création d'un univers de science-fiction et pas seulement à un monde de fantasy.

Commentaires

Article très sympa !!! j'espère que les autres le seront tout autant !

Merci ! :-)

Article très intéressant comme toujours !
Perso, ma technique pour ne pas trop me fatiguer consiste à implanter les éléments imaginaires au sein du monde réel. Comme ça pas besoin de tout inventer, Dieu a fait le gros du travail. XD (Feignante, moi ? Non :D ). Mais évidemment, ça ne fonctionne pas avec tous les types d'histoires...

Merci de ton passage ! ^_^

Oxalis sort bien de (presque) nulle part, non ? :-p

Sinon, je pense que la technique que j'ai présentée peut s'appliquer à tout type d'univers, qu'il soit "adapté" (comme ton Paris après la Longue Nuit) ou 100% créé (comme Oxalis).
Dans tous les cas, quand on écrit de l'Imaginaire, il y une part à créer, une part "imaginaire" et quelque soit son importance, il faut tout de même la créer et l'organiser pour qu'elle soit cohérente.
Après, effectivement, la longueur et la difficulté de la tâche dépend de l'univers et de sa complexité :-)

Effectivement tu as raison ! Je n'avais pas pensé à l'exemple d'Oxalis lol. Il faut dire que dans ce premier tome je n'ai fait qu'en effleurer la surface... Peut-être utiliserai-je ta technique pour le tome 2 où l'on découvre la ville plus en détail. :)
Pour ma part j'aime davantage développer les mythologies en elles-mêmes plutôt que le cadre physique. Ça m'a toujours tuée de voir la complexité de certains mondes inventés de toutes pièces avec des systèmes politiques entiers, de nouveaux langages etc... Quelle patience pour réfléchir à tous ces détails !

J'adore ça ! J'ai commencé à jeter les prémices d'une langue dans mon carnet pour mon roman, de même que j'ai travaillé des aspects poussés d'économie, de commerce, de politique, etc. :-)
Personnellement, c'est vraiment un pan du travail d'écriture qui me passionne presque plus que celui d'écrire des histoires dans ce monde ! Mais je crois que ce que je préfère par dessus tout, c'est la Magie dans les mondes fantasy et la Science dans les mondes SF :-)

Si tu testes ma méthode, n'hésite pas à me dire ce que tu en as pensé ! ;-)

Merci pour cet article Zaha, c'est la méthode que j'employais sans vraiment parvenir à la synthétiser ! ça va m'être méga utile en fait !
En fait je pense que j'en suis au point 3 : coordonner. Cela dit, mes idées ont été comme le popcorn, j'ai mis un sachet de grains de maïs au micro-onde, mes idées (avec les plus farfelues) et la plupart se sont développées mais quelques unes sont restées des grains de maïs. Mais je me dis que ce n'est pas grave, je vais les développer en parallèle de l'étape 3.
Aussi, j'aime beaucoup la séparation éphémère / permanent. C'est quelque chose finalement que j'avais déjà identifié mais sans lui donner ce nom et pourtant, ça me paraît d'une évidence maintenant que tu le dis. Chacun de mes ateliers (lieux, animaux, végétaux, peuples...) pourrait presque avoir son équivalent "éphémère".
Oui, il y a les ateliers qui sont ma manière de fonctionner et que je trouve tout à fait compatibles avec ton plan. Ils interviennent justement à l'étape 3 pour organiser. Comme c'est effectivement une étape difficile et que j'en ai un peu partout, je me suis dis que plutôt que de prendre toutes les idées etles ranger puis développer, je vais fonctionner en sens inverse : mon atelier porte sur un aspect du monde, je fais une passe sur les idées pour voir toutes celles qui pourraient rentrer dans l'atelier et ensuite je développe (étape 4) selon les objectifs fixés par chaque atelier. Et d'une manière général, tout se fait en parallèle pour conserver la cohérence. Pour l'éphémère, j'aurais tendance à le faire séquentiellement, c'est-à-dire après le worldbuilding à proprement parler mais j'ai conscience qu'en s'occupant du permanent, on déborde forcément parfois sur l'éphémère.
Enfin pour finir, raconter... et là j'ai conscience plus que jamais que l'univers peut continuer à évoluer tant qur l'histoire n'est pas terminée mais comme toi, je pense qu'il ne devrait pas évoluer suffisamment pour rendre invalide toute une partie de l'histoire et que ça reste super important de s'en assurer, de vérifier la cohérence à toutes les étapes de la conception. Naturellement je n'aurais pas pensé à placer "raconter" dans le worldbuilding mais c'est vrai que d'un certain point de vue on peut considérer le worldbuilding comme une étape dont la portée va jusqu'à la fin du travail d'écriture.
Voilà, très bon article qui me fait bien réfléchir (et j'aime ça !)

Merci pour ton commentaire ! Smile

Je t'avoue que la synthèse de cette méthode m'est apparue quand j'ai commencé à bosser sur les articles de worldbuilding et très peu avant. C'est vraiment quand j'ai commencé à écrire pour les autres que c'est devenu clair ! Smile
D'où l'intérêt de rédiger nos fiches (ateliers) à propos des différents aspects de notre monde comme si on les destinait à d'autres. Ça nous permet d'énoncer clairement les choses et que tout nous apparaisse limpide Smile

pardon, fausse manip' ^^ Sinon très bon article, merci!

J'ai supprimé l'autre commentaire "défectueux".

Merci Smile

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