10 clichés en Fantasy


Aujourd’hui, je voudrais vous parler de 10 clichés que l’on trouve encore trop souvent à mon goût dans lest romans de fantasy.

J’aimerais donc évoquer avec vous des poncifs de la littérature fantasy, des copies d’idées premières tellement reprises avec plus ou moins d’originalité que c’en est lassant de les croiser. Je vais également vous donner des idées pour contourner ces clichés ou pour les utiliser de manière plus innovante.

En revanche, je ne parlerai pas des clichés sexistes, ethniques, morphologiques et autres qui tournent énormément en ce moment. Ces clichés-là résultent plus, à mon sens, du conditionnement ethnocentré et commercial que nous subissons tous les jours de la part des lobbys et des médias. Mais ceci est une autre histoire… 😉

Toutefois, si vous souhaitez que j’en fasse un article, n’hésitez pas à me le dire en commentaire !

Je vous conseille également l’excellente conférence à propos de la discrimination ethnique et culturelle dans la fantasy menée par Valérie Lawson.

Avant de commencer, il me semble important de rappeler la différence entre un critère et un cliché, parce que ce n’est pas la même chose, même s’il s’agit de deux éléments récurrents.

Un critère est un principe, un élément de référence qui permet de juger, d’estimer, de définir quelque chose. Dans le cas d’un genre littéraire, il faut qu’une œuvre réunisse un certains nombres de critères pour être classée dans l’un de ces genres. Les critères principaux de la fantasy sont la présence magie, l’absence de doute pour le lecteur de l’existence de cette magie et la capacité à faire rêver, voyager le lecteur.

Un cliché est une formule rabâchée tellement de fois qu’elle en a perdu toute originalité. Bien souvent, les clichés lassent et les lecteurs se détournent de ces récits qui racontent sans cesse la même histoire.

1. Les prophéties et les élus

Combien de fois n’a-t-on pas croisé un résumé qui commence par « Machin est fermier dans le village perdu de Truc. Pourtant un destin fabuleux l’attend car il est l’Élu — avec une majuscule, s’il vous plaît — de l’antique Prophétie de Bazarbrol et doit sauver le Monde. » ?
Cette phrase est un condensé d’une bonne partie des clichés que l’on peut trouver en fantasy, à savoir :

  • Machin est un garçon. Mais j’avais dit que je ne parlerais pas des clichés sexistes, alors passons.
  • Il est fermier. Ce n’est pas un forgeron, un prince, un soldat émérite ou que sais-je. Dans tous les cas, c’est un garçon de rien qui, au fil du récit, devra gravir les échelons.
  • La Prophétie — re-majuscule — est « antique ». Elle n’a pas 10 ans, 15 ans, 100 ans, non, elle est antique.
  • L’Élu doit sauver le monde… rien que ça.

Je vous avoue que, neuf fois sur dix, quand je croise les mots élu et prophétie, je repose illico le bouquin dans le rayonnage. En général, les prophéties et les prédictions annoncent toujours la même chose : l’arrivée d’une personne (en général un adolescent mâle) qui doit sauver le monde… Quand on se retrouve face à des résumés comme celui dont je vous ai parlé plus haut, le récit n’annonce pas beaucoup d’originalité : on sait qu’on va se retrouver dans ce que Joseph Campbell appelle la quête initiatique et, en général, on se retrouve avec une histoire qui suit parfaitement, étape par étape, le résumé simplifié qu’en a fait Christopher Vogler. Du coup, au bout de deux ou trois chapitres, on sait déjà comment ça va se finir, qui va mourir, les épreuves que le héros va traverser, etc.

Je crois que je n’aime pas du tout les prophéties…

Ce que je vous propose pour changer ça : pour commencer, au lieu de parler de l’avènement d’un héros, pourquoi ne pas plutôt raconter le réveil d’une puissance maléfique ? Sans parler d’un élu qui contrecarrerait les plans des méchants.
J’ai croisé dans plusieurs romans des manières intéressantes de gérer les prophéties. Par exemple, dans la série Le Marais des Sauryls de Danielle Gourbeault-Petrus, les prédictions ne sont comprises par les héros qu’une fois les faits accomplis. Dans ce romans, les protagonistes sont hantés par des préjugés qui les mettent sur de fausses pistes ce qui a pour conséquence qu’ils interprètent mal les prophéties qui leur sont livrées. J’ai adoré cette idée.

Je pourrais vous citer également le premier tome de La Voie des Oracles d’Estelle Faye dans lequel l’héroïne elle-même est une devineresse et voit l’avenir de l’histoire. Mais c’est traité avec tellement d’ingéniosité qu’on ne comprend pas ce qu’elle voit et que lorsque le lecteur arrive au passage prophétisé, il ne se doute de rien ou presque.
Ou encore Harry Potter, dans lequel la prophétie arrive dans l’histoire presque comme un cheveux sur la soupe.

Il y a également les prophéties des tragédies grecques : les personnages font tout pour échapper à leur destin, mais ce dernier finit toujours par les rattraper.

2. Les univers médiévaux européens

Malgré l’abondance de roman medfan, très peu de ces derniers se déroulent dans un univers qui ne soit pas inspiré du Moyen-Âge européen. Les vêtements, l’ordre social, les châteaux, les armes, etc. sont basés sur cette période du Vieux Continent.
Les noms également sont très souvent choisis dans un registre européen/germanique ou alors dans un registre phonétique très proche à celui des noms elfiques de Tolkien.

Et là, je me jette la pierre à moi-même, puisque j’ai plongé tête baissé dans ce cliché. Presque… puisque j’ai également des nations plus « arabisées » et « asiatisées ». Mais c’est vrai que sur le blog, je ne traite principalement que du Moyen-Âge européen, n’effleurant que très rarement les autres continents et les autres périodes. Je vous promets de changer cela à l’avenir !

En attendant, pour résoudre ce point, je vous conseillerais de réfléchir aux autres cultures qui vous intéressent et de voir si vous ne pouvez pas les inclure dans votre roman ou dans un projet futur. Tentez de considérer également des choix qui vous paraîtraient incongrus au premier abord, comme placer votre roman au cœur de la forêt amazonienne. Peut-être que cela vous donnerait des idées.

Il en va également de même pour le noms : n’hésitez pas à explorer d’autres registres phonétiques comme l’hébreu, l’arabe, le japonais ou encore le grec.

3. Les vieux barbus qui savent tout

La figure du Merlin est un personnage souvent incontournable de la fantasy. Quand je parle de Merlin, j’entends par là, les personnages qui ont le le rôle de mentor sage et puissant qui guide le héros sur le chemin de la raison et du courage, etc.. Ce sont des Gandalf, des Brom, des Dumbledore, des Morpheus, des Iroh, etc. Hormis le fait que Morpheus ne soit ni vieux, ni barbu, ils ont tous le même rôle et sont presque tous des copies conformes les uns des autres, aussi bien par leur physique que par leur caractère.

Pour éviter les stéréotypes du Merlin, vous pouvez, soit le rendre faillible : très souvent, on ne leur connait pas de véritables défauts et ils sont toujours très affables, souriant gentiment aux bêtises du héros. Donnez-leur des défauts, des vrais. N’hésitez pas non plus à ne pas les rendre tout puissant, donnez-leur des faiblesses, des maladies, etc.

Ne les faites pas mourir non plus, ça changera 😉

4. Personne ne veut jamais être archer

A part Legolas et Katniss Everdeen (et encore, Hunger Games n’est pas de la Fantasy…), citez-moi, au moins, un personnage principal de roman qui manie l’arc comme arme principale ? (N’hésitez pas à me les citer en commentaire 😉 )

Je suis persuadée que vous galérez autant que moi à en trouver ! C’est vrai qu’il y a souvent un personnage d’arrière-plan qui manie l’arc, mais le plus souvent, les archers n’ont pas la part belle dans les romans de fantasy. Ils sont rarement le personnage principal, le mentor ou le héros. Ces personnages-là manient le plus souvent l’épée ou la hache.

Quand je vois Katniss ou Legolas ou Lars Andersen (je vous invite à regarder la vidéo en dessous), je me dis que les archers sont tout de même pas mal balèzes et qu’on devrait en mettre plus dans les romans !

5. Il n’y en a que pour les épées, les haches et les arcs

Là, je pense que tout est dans le titre. J’ai, effectivement, rarement croisé autre chose que des épées, des haches et des arcs… Parfois on croise des marteaux… C’est justement pour changer que mes personnages principaux se battent avec des dagues, un luth, un bâton et des doubles sabres ! 😁

Pour remédier à ce cliché de voir toujours les mêmes armes, j’ai justement créé une série d’articles pour nous faire découvrir — oui, je dis bien « nous », parce que je découvre aussi beaucoup de choses en me documentant pour rédiger mes articles — plusieurs types d’armes différentes et ainsi ouvrir nos horizons à d’autres possibilités. Si vous êtes curieux et que vous n’avez pas encore lire ces articles, les voici : Les épées, Les sabres et Les armes spéciales. La semaine prochaine, on parle des armes de jet et de traits 😉

6. On ne voit que des monarchies

Ce point-ci rejoint un peu le point 2 : les régimes mis en place dans les récits medfan sont souvent des monarchies, rarement des empires, presque jamais des républiques.

Pourtant il existe tellement d’autres régimes politiques : des technocraties, des ploutocraties, des théocraties, etc.
Pour vous donner un exemple, dans mon roman, j’ai, entre autre, une république, une technocratie et une confédération.

7. Les elfes, les humains, les dragons, les nains et toutes leurs variantes

Alors qu’il existe pléthore de créatures fantastiques, légendaires ou mythiques, on ne se cantonnera toujours, ou presque, qu’aux mêmes : les humains, les elfes et les dragons. Exit les dryades, faunes, korrigans, etc. Très peu de romans medfan parlent d’autres créatures que de celles-ci. D’ailleurs, je n’en connais qu’un : la duologie Abyme de Mathieu Gaborit où le personnage principal est un farfadet. Ensuite, si on sort de la medfan, on tombe vite dans la bit-lit pour se retrouver coincer entre des loups-garous et des vampires. A la rigueur, il y a la steampunk fantasy qui remet beaucoup les créatures féériques au goût du jour.
Je plaide d’ailleurs coupable pour ce point-là également. Mais je l’assume parfaitement et c’est, d’ailleurs, intentionnel de ma part 😉

Pour remédier à cela, je pense qu’il nous faut passer outre nos habitudes, d’abord, puis nous informer et faire fonctionner notre imagination pour trouver des idées. Et je ne doute pas que nous y arriverions !

8. Une absence totale de science

Je vous vois venir : « Oui mais t’avais dit dans ton article à propos de la différentiation des genres de l’Imaginaire que dans la Fantasy, il n’y avait pas de science et que de la magie. »
Oui ! Mais non… Bien entendu, il faut tout remettre dans le contexte : ce que j’entends par science ici, ce ne sont pas des calculs de physique théorique pour tenter de résoudre l’incertitude d’Heisenberg, mais simplement un peu de trigonométrie et de géométrie pour construire des maisons droites et de l’algèbre pour faire sa comptabilité. Un peu de chimie pour faire de la bière et du vin et, pourquoi pas, un peu d’alchimie. Et de la biologie, de la médecine, de l’astronomie, etc. Des bribes, pas grand-chose, juste ce qu’il faut pour ne pas oublier que votre monde ne repose pas totalement sur la magie.

Ensuite, la science et la magie ne sont pas incompatibles. Quand les deux se mélangent, cela s’appelle de la Science-Fantasy.

Donc voilà, pourquoi n’incorporerait-on pas un géomètre, un architecte ou un biologiste dans un roman medfan ? Une idée à creuser, je vous le dis !

9. … et de technologie

Il en va de même que pour le point précédent : par technologie j’entends l’ensemble des outils et des matériels utilisés dans l’artisanat et l’industrie. Donc pas les smartphones, laptop et autres, mais bien les meules, marteaux, burins, tours de potier, etc. Même si on ne considère que le Moyen-Âge européen, il y avait énormément d’inventions techniques et d’outillages dont on n’entend que très rarement parler.

Ensuite, il y a également les outils dits « technomagiques« , c’est-à-dire des objets pensés, étudiés et fabriqué dans le but de manipuler la magie : les baguettes magiques, les portails asuras dans l’univers Guild Wars, le miroir magique de la belle-mère de Blanche Neige, Excalibur, Mjöllnir, etc.

Les aspects technologiques et technomagiques des mondes que nous croisons et créons sont souvent limités aux mêmes outils et instruments, je pense que nous pourrions faire mieux !

10. Il doit y avoir une quête

Ne vous méprenez pas : j’adore ça ! Mais pourquoi les romans de fantasy ne devraient toujours se centrer que sur une seule quête ? Doit-il toujours y avoir un personnage ou un groupe de personnages qui doit voyager accomplir une action héroïque (qui, le plus souvent est de sauver le monde… ou se venger) ?

Je pense qu’on pourrait trouver mieux que ça : rendre les quêtes plus complexes, entrecroiser les fils de plusieurs intrigues…

J’aimerais conclure en disant que je ne généralise pas ! Tous les romans de fantasy ne sont pas comme ça, bien évidemment ! Il s’agit seulement des clichés que l’on croise souvent et j’avais envie de vous faire part de mon point de vue et peut-être vous faire vous rendre compte que certains clichés se retrouvent dans votre roman et qu’il est encore temps de les adapter… ou pas ! 😉

Je pense que c’est bien de rester dans les sentiers battus en apportant sa touche personnelle d’originalité, mais je pense aussi qu’un brin de folie, qu’un vent de changement pourrait être très agréable de temps en temps 😉

Comme d’habitude, n’hésitez pas à me donner votre avis à propos de ces différents points, si certains se trouvent dans votre romans ou pas, comment vous les avez détournés ou évités, etc.

Souhaitez-vous lire d’autres articles à propos du genre et des sous-genres de la Fantasy ?


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