Un monde inventé est-il, de fait, de la Fantasy ?


Aujourd’hui, j’aimerais revenir sur un débat qui a eu lieu sur Twitter suite à mon article Magie et Fantasy et qui est également un sujet fréquemment débattu en règle général, à savoir : un monde imaginaire sans magie est-il d’office de la Fantasy ?

C’est une question qui est souvent soulevée et dont la réponse est, la plupart du temps, obscure pour ne pas dire erronée. Étant donné que j’ai eu énormément de mal à me faire comprendre à coup de messages en 280 caractères, j’ai voulu revenir sur la question via un article qui me permettra d’expliquer et de développer un peu mes propos.

Beaucoup de personnes pensent que le simple fait d’imaginer un monde place ce dernier dans la Fantasy juste parce qu’il n’est pas réel. De même, d’autres personnes partent du principe que la Fantasy est le genre dédiés aux mondes imaginés.

En suivant ces principes-là, on place des histoires telles que L’Île au trésor de Stevenson, Robinson Crusoé de Defoe, L’Île mystérieuse de Verne, Dune de Herbert, H2G2 d’Adams et j’en passe dans la Fantasy juste parce que les lieux (ou certains des lieux) sont imaginaires. Or, je crois qu’il est clair pour tout le monde qu’aucun de ces romans n’est de la Fantasy.

Je vais encore le rappeler, mais s’il n’y a pas de magie, sous quelque forme que ce soit, ça ne peut pas être de la Fantasy. Car, avant d’être un genre avec des mondes imaginaires, la Fantasy est d’abord et avant tout le genre par excellence de la magie. Je vous invite à relire attentivement les définitions que je vous ai partagées dans l’article Magie et Fantasy, vous verrez qu’elles ne mentionnent pas toutes les mondes imaginaires, mais que, en revanche, aucune n’évite le sujet de la magie. La Fantasy se définit par la présence, même discrète, de la magie. Le monde imaginaire n’est qu’une généralité, pas une caractéristique.

Donc, si on se retrouve avec un monde qui n’existe pas et qui ne comporte pas de magie, ça ne peut pas être de la Fantasy.

Mais si ce n’est pas de la Fantasy, alors qu’est-ce donc ?

Du Fantastique

C’est probablement le cas le plus rare avec les récits contemporains, mais pas en ce qui concerne certains récits de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Ainsi, beaucoup d’œuvres de ces périodes font appel à des mondes imaginaires sans pour autant tomber dans la Fantasy.

On peut citer, par exemple, le pays des Merveilles dans Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll. Souvenez-vous qu’à la fin du récit, Alice ignore si elle a réellement parcouru ce monde étrange ou s’il n’a été qu’un rêve farfelu. S’il y a hésitation, c’est du fantastique.

Ou encore le monde onirique du Cycle des rêves de H.P. Lovecraft dont les héros, à l’instar de Romuald dans La Morte amoureuse de Théophile Gautier, ne savent plus s’ils rêvent ou pas. Mais, à nouveau, à la fin de chacune des nouvelles il y a hésitation de la part et des héros et du lecteur quant à la réalité des aventures vécues, ce qui en fait du fantastique. 

De la Science-Fiction

Un monde imaginaire peut également s’expliquer par la Science. La Vie étant apparue sur Terre suite à une quantité de facteurs précis qui, combinés en bonne proportion, ont permis l’apparition des premiers organismes vivants. Il est statistiquement probable que ces mêmes facteurs aient été réunis sur une autre planète de l’univers pour donner, là aussi, la Vie. MAIS que sur cette autre planète l’évolution ait été différente et, de ce fait, ait donné d’autres espèces animales, végétales, voire humanoïdes.

Si, sur un autre monde, on croise des elfes, par exemple, mais que ces derniers sont dépourvus de magie et ne maîtrisent que l’arc et le blaster, on se retrouve dans un univers de science-fiction. Les créatures telles que les elfes, les nains, les dragons… ne sont pas l’apanage de la Fantasy. Bien que ces créatures soient tout droit issues des légendes et des mythes de diverses origines, on peut très bien les écrire en SF autant qu’en Fantasy à condition d’en expliquer (ou sous-entendre) l’origine de manière scientifique.

Un roman d’aventure

L’exemple que je croise le plus souvent est celui d’un monde médievalisé semblable à notre Europe moyenâgeuse, mais qui n’est pas sur Terre (donc qui n’est pas une uchronie ni un roman historique), qui ne comporte ni magie ni science. Cet exemple-là est systématiquement rangé en Fantasy parce que c’est un cadre médiéval dans un monde imaginaire. Mais, je le dis et je le répète : s’il n’y a pas la trace la plus infime de magie, ce n’est pas de la Fantasy.

Et donc, si ce genre d’univers n’est ni de la Fantasy, ni du Fantastique, ni de la Science-Fiction, ni un roman historique, alors que nous reste-t-il d’autre que le roman d’aventure ?

En effet, le but premier du roman d’aventures est de plonger le lecteur dans un univers inconnu et de lui faire vivre une expérience palpitante. C’est pour augmenter ce dépaysemment que les récits d’aventures se déroulent dans des lieux exotiques où l’aventure est un lot quotidien. Ainsi, il n’est pas rare que les histoires se déroulent dans des contrées exotiques, historiques ou imaginaires.

En outre, n’oublions pas que la Fantasy et la Science-Fiction font partie intégrante du genre du roman d’aventures (Anne Besson le rappelle bien dans son essai La Fantasy en 50 questions). De ce fait, si l’on retire les merveilles constitutives de ces genres qui sont, respectivement, la Magie et la Science, il reste l’aventure.

Ainsi, sur Wikipedia, on peut également lire :

Tout dans le roman d’aventure étant au service de l’action, le genre s’est séparé du roman réaliste et de ses ambitions de vérisme pour retrouver le plaisir de conter des aventures comme dans les romans de chevalerie ou le roman picaresque, sans se préoccuper outre mesure de la vraisemblance des personnages […].
Il en va de même pour l’enchaînement des péripéties, où le hasard heureux ou malheureux domine (par exemple, la découverte de la carte du trésor par Jim dans
L’Île au trésor de Stevenson ou le miracle de la vue recouvrée par Michel Strogoff), et du contexte de l’action, qu’il s’agisse du monde quotidien (comme dans Les Mystères de Paris d’Eugène Sue) ou de réalités soit exotiques (la Turquie de Pierre Loti – le grand nord et la mer de Jack London) soit virtuelles (le centre de la Terre chez Jules Verne ou le royaume de l’Atlantide chez Pierre Benoit).

De surccroît, Larousse nous dit :

Au fil des siècles, le roman d’aventures s’est pourvu de caractéristiques qui le distinguent d’autres types de romans populaires comme le roman policier, le récit fantastique, la science-fiction ou le roman sentimental. La présence de l’exotisme est constante : les romans d’aventures se déroulent fréquemment dans des pays peu connus, voire inconnus. Defoe, Cooper ou Verne associent l’aventure à une recherche parfois impossible qui devient quête. Toujours subsistent la certitude de l’ailleurs et l’opposition du même et de l’autre, où il faut voir la raison de toutes les étrangetés caractéristiques du genre. Tous les continents sont bons pour l’aventure, y compris les pays imaginaires. Le thème de la survivance de mondes disparus, traité par divers romanciers (Rider Haggard, Benoit, La Hire, H. Vernes), en fait le symbole de l’ouverture sur un espace démultiplié. L’exotisme peut être temporel lorsque l’action se situe dans le passé (romans préhistoriques de Rosny, récits de chevalerie ou de cape et d’épée). Ainsi, le romancier est libre d’inventer des péripéties et de modifier le réel, insérant des personnages fictifs dans des événements historiques ou bâtissant une autre géographie.

J’aimerais conclure en vous disant qu’il ne faut pas vous fier aux étiquetages des éditeurs, car le but principal de ces derniers est de vendre leurs livres et non de coller aux bonnes définitions.

De même, tant qu’on y est, les genres n’ont pas été inventés par les éditeurs, mais bien par les auteurs eux-mêmes soucieux de se regrouper sous les mêmes bannières et par les narratologues afin de pouvoir catégoriser les écrits en fonction de leurs thèmes, de leurs buts, de leurs schémas récurrents, etc. Ce n’est en rien une invention des éditeurs juste pour pouvoir ranger plus facilement des livres dans des rayons.

Les éditeurs collent souvent de mauvaises étiquettes sur les livres dans le seul but de les vendre. Il en va de même pour les libraires (surtout avec les libraires dont les mauvais classement résultent souvent soit de leur ignorance en matière de littérature de genres soit de leur mépris pour elle).

Si vous êtes soucieux et soucieuse de savoir précisément les genres que vous lisez et aimez, ne vous fiez pas aux classements des maisons d’édition car très peu définissent correctement les livres qu’elles éditent.

Mais, heureusement !, ça ne nous empêche pas de lire, d’écrire et d’apprécier nos genres préférés, quels qu’ils soient ! 😉

Voilà ! Je suis désolée, cet article a viré un peu coup de gueule, mais j’espère tout de même que ces explications vous ont un peu éclairé. Si vous avez des questions, évidemment, n’hésitez pas.

En revanche, je n’ai pas envie de revenir une fois de plus sur le non-débat des genres et des sous-genres : chacun-e fait comme il/elle veut et mon article ne s’adresse qu’aux personnes que ça intéresse et/ou qui se posent ce genre de questions.

De même, l’importance que j’accorde aux genres et aux sous-genres a été abordée dans la FAQ #4, donc si vous avez la moindre interrogation par rapport à ça, je vous invite à aller lire la FAQ 😉

Souhaitez-vous lire d’autres articles à propos du genre et des sous-genres de la Fantasy ?


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