Aujourd’hui, je réponds à une question que l’on m’a posée dans la FAQ :
« J’ai du mal a structurer mes personnages secondaires, j’ai la sensation d’avoir plusieurs « niveaux d’importance » parmi eux et je sais pas comment structurer ça, tu aurais des conseils ? »
Au vu de la longueur de mon brouillon de réponse, je me suis dit que cette question valait la peine que j’en fasse un article entier.
Lorsque l’on construit les personnages d’un roman, on pense souvent en deux catégories : les personnages principaux et les personnages secondaires.
Pourtant, dans la pratique, cette distinction est parfois trop simpliste.
Vous avez peut-être déjà rencontré ce problème : vous avez votre protagoniste, quelques personnages importants autour de lui… puis toute une série de personnages qui gravitent autour de l’intrigue. Certains apparaissent régulièrement et jouent un rôle important, tandis que d’autres n’interviennent que dans une ou deux scènes.
Et pourtant, vous les appelez tous « personnages secondaires ».
C’est probablement là que se trouve le problème.
Tous les personnages secondaires n’ont pas nécessairement le même niveau d’importance. Et surtout, ils n’ont pas besoin d’être développés avec le même degré de profondeur.
Personnellement, je préfère donc distinguer quatre niveaux de personnages : principaux, secondaires, tertiaires et quaternaires.
Pourquoi hiérarchiser ses personnages ?
Avant toute chose, cette classification n’est pas une règle d’écriture.
Il n’existe aucune obligation d’utiliser quatre catégories plutôt que deux, trois ou cinq. L’objectif est simplement de disposer d’un outil pour réfléchir à vos personnages et déterminer où investir votre temps et votre énergie.
Car l’un des pièges fréquents de la préparation d’un roman consiste à vouloir développer tous ses personnages avec le même niveau de précision.
Vous pouvez facilement passer une heure à réfléchir au passé d’un personnage qui apparaît dans trois scènes… alors que votre protagoniste mériterait encore du travail sur ses motivations ou son évolution.
Or, si un personnage est peu important dans l’histoire, il n’est généralement pas nécessaire d’en connaître tous les détails.
Plus un personnage est important pour votre intrigue, plus son développement doit être approfondi.
C’est dans cette logique que je distingue mes quatre niveaux de personnages.
1. Les personnages principaux
Les personnages principaux sont ceux qui occupent une place centrale dans votre histoire.
Ce sont généralement les personnages que l’on rencontre le plus souvent et dont les actions ont une influence importante sur l’intrigue : protagonistes, héroïne, héros, adjuvants proches…
Je compte également le ou les antagonistes parmi les personnages principaux. Même s’ils ne sont pas constamment présents, leur rôle dans le conflit central justifie généralement un développement approfondi.
Pour ces personnages, je réalise un développement complet. Je vais notamment travailler sur :
- leur apparence
- leur personnalité
- leur passé et leur background
- leurs motivations
- leurs objectifs
- leurs relations avec les autres personnages
- leurs forces et leurs faiblesses
- leurs contradictions
- leurs conflits internes
- leur évolution au cours de l’histoire
L’objectif n’est pas simplement de savoir à quoi ils ressemblent ou comment ils se comportent : il s’agit de comprendre qui ils sont, ce qu’ils veulent, pourquoi ils le veulent et comment l’histoire va les transformer.
C’est donc sur eux que vous pouvez investir le plus de temps.
À lire aussi : Faire ses fiches de personnage
2. Les personnages secondaires
Les personnages secondaires gravitent autour des personnages principaux et jouent un rôle régulier dans l’histoire.
On les croise à plusieurs reprises et ils entretiennent généralement des relations relativement importantes avec les personnages principaux.
Il peut par exemple s’agir :
- d’un adjuvant
- d’un ami
- d’un membre de la famille
- d’un mentor
- d’un collègue
- d’un personnage ayant partagé une partie du passé du protagoniste
Ces personnages méritent eux aussi un développement assez approfondi, mais pas nécessairement aussi poussé que celui des personnages principaux.
Je peux par exemple travailler sur leur apparence, leur caractère et une partie de leur background. Je peux également réfléchir à leurs motivations et à leur évolution si celles-ci ont une véritable importance dans l’histoire.
En revanche, je ne vais pas forcément chercher à connaître toutes leurs subtilités psychologiques ou à construire une biographie détaillée sur plusieurs pages.
La question à se poser est toujours :
De quelles informations ai-je réellement besoin pour raconter leur rôle dans mon histoire ?
3. Les personnages tertiaires
C’est souvent cette catégorie qui permet de résoudre le problème des « différents niveaux » parmi les personnages secondaires.
Les personnages tertiaires apparaissent généralement une ou deux fois, parfois davantage, mais ils ont une véritable interaction avec les personnages principaux ou secondaires et apportent quelque chose à l’histoire.
Ils ne sont donc pas de simples figurants.
Pour eux, je vais surtout développer :
- leur apparence générale
- quelques traits de caractère
- l’impression qu’ils donnent au premier abord
- éventuellement un morceau de leur background
- les informations nécessaires à leur fonction dans l’histoire
Je n’ai pas forcément besoin de savoir ce qu’ils ont fait pendant leur enfance, quelle est leur plus grande peur ou comment leur personnalité a été façonnée par leur relation avec leurs parents.
Je dois simplement en savoir suffisamment pour qu’ils puissent exister de manière crédible dans la scène et remplir leur rôle.
Un exemple concret
Imaginez que vos personnages rendent visite à une vieille dame parce qu’ils cherchent des informations sur un événement ancien.
Cette vieille dame leur raconte une histoire et leur fournit un élément important pour la suite de l’intrigue.
Elle peut avoir une personnalité reconnaissable. Elle peut avoir ses propres opinions, une manière de parler, quelques particularités physiques. Vous pouvez même connaître un petit morceau de son passé.
Mais vous n’avez probablement pas besoin de construire toute son existence.
C’est un personnage tertiaire.
Elle existe davantage qu’un simple figurant, mais son importance narrative ne justifie pas que vous lui consacriez autant de travail qu’à votre protagoniste.
4. Les personnages quaternaires
Enfin, les personnages quaternaires sont ceux qui ont principalement une fonction ponctuelle dans une scène ou servent à donner de la vie à votre décor.
Ils peuvent :
- remplir une foule
- tenir un commerce
- transmettre une information
- indiquer un chemin
- servir de témoin
- créer une impression de vie autour des personnages principaux
Ils n’ont généralement pas de véritable interaction avec les personnages principaux et leur présence n’a pas besoin d’être développée au-delà de leur fonction.
Quelques traits distinctifs peuvent largement suffire.
Ils peuvent même ne pas avoir de nom.
Imaginez par exemple que vos personnages soient perdus et demandent leur chemin à un paysan.
Le paysan leur indique la direction, puis ils poursuivent leur route.
Vous n’avez probablement pas besoin de savoir pourquoi ce paysan est devenu agriculteur, quels sont ses rêves ou comment il s’entend avec sa sœur.
Il est là pour remplir une fonction ponctuelle dans la scène.
C’est un personnage quaternaire.
Autre exemple : vos personnages se trouvent dans une ville et demandent l’heure à une passante.
Cette dame leur répond, puis continue son chemin.
Rien ne justifie nécessairement que vous développiez davantage son personnage.
Tertiaire ou quaternaire : comment faire la différence ?
La distinction entre ces deux catégories peut sembler subtile, surtout lorsque vous commencez à utiliser cette méthode.
Un moyen simple de les différencier consiste à vous demander :
Est-ce que ce personnage existe uniquement pour remplir une fonction ponctuelle, ou apporte-t-il quelque chose en tant que personnage ?
La vieille dame qui raconte son histoire possède une personnalité, un passé et une interaction significative avec les protagonistes : tertiaire.
Le paysan qui indique simplement le chemin remplit une fonction dans la scène, mais son personnage n’a pas besoin d’aller plus loin : quaternaire.
Le conseiller que l’on croise plusieurs fois lors d’une assemblée, dont on connaît les idées et la position sur certains sujets, sera plutôt tertiaire.
La dame à qui les personnages demandent simplement l’heure sera plutôt quaternaire.
La différence ne dépend donc pas uniquement du nombre de scènes dans lesquelles le personnage apparaît.
Elle dépend surtout de ce qu’il apporte à l’histoire.
Et si un personnage change de catégorie ?
Cette classification n’est évidemment pas figée.
Un personnage que vous pensiez utiliser comme simple figurant peut prendre de l’importance au cours de l’écriture. À l’inverse, un personnage que vous aviez imaginé comme secondaire peut finalement avoir un rôle beaucoup plus limité.
Vous pouvez donc tout à fait faire évoluer le niveau d’un personnage au cours de la préparation de votre roman et même en cours d’écriture si vos idées changent.
Par exemple, vous aviez prévu qu’un conseiller apparaisse uniquement lors d’une assemblée. Puis vous réalisez qu’il possède des informations importantes sur l’antagoniste et qu’il va intervenir dans plusieurs scènes.
Il devient alors pertinent de le faire passer de personnage tertiaire à personnage secondaire et d’approfondir sa construction.
À l’inverse, si vous réalisez qu’un personnage secondaire n’a finalement aucune influence sur l’intrigue, vous pouvez vous demander s’il ne serait pas préférable de réduire son rôle.
Ne cherchez pas à donner la même profondeur à tout le monde
Si vous avez l’impression d’avoir plusieurs « niveaux d’importance » parmi vos personnages secondaires, c’est probablement justement parce que vos personnages secondaires ne sont pas tous secondaires au même sens du terme.
Vous pouvez parfaitement créer plusieurs degrés d’importance et adapter le niveau de développement de chacun.
Et surtout, ne cherchez pas à donner une profondeur maximale à tous vos personnages.
Un personnage n’a pas besoin d’avoir une fiche de dix pages pour être crédible.
Quelques informations bien choisies peuvent largement suffire.
Votre protagoniste mérite peut-être que vous connaissiez son enfance, ses blessures, ses contradictions, ses motivations profondes et son évolution.
La vieille dame qui lui raconte une histoire n’a peut-être besoin que d’une apparence, d’une personnalité perceptible et de quelques éléments de passé.
Et le paysan qui lui indique le chemin n’a peut-être besoin que d’une chemise tachée de boue et d’un accent reconnaissable.
C’est aussi cela, construire des personnages : savoir ce qu’il est nécessaire de développer… et ce qui peut rester dans l’ombre.
En résumé
Personnage principal → développement complet
Personnage secondaire → développement approfondi
Personnage tertiaire → développement ciblé
Personnage quaternaire → quelques caractéristiques suffisent
L’objectif n’est pas de remplir des fiches de personnages. L’objectif est de disposer de tout ce dont vous avez besoin pour raconter votre histoire.
Et si vous souhaitez vous amuser en développant plus que nécessaire, libre à vous. Mais vous le ferez par plaisir et non par peur de manquer d’info 😉


